Télétravail : comment manager ses collaborateurs ?

Mesure phare d’une politique parentalité soucieuse d’offrir plus de flexibilité et de facilité d’organisation aux salariés-parents. Mesure de plus en plus courante dans les entreprises et plébiscitée en cette période de grève. Nous passons le télétravail à la loupe avec Camille Rabineau.

Camille est la fondatrice de Comme on travaille. Depuis trois ans, elle accompagne les transformations en lien avec les nouveaux modes de travail, dans des cabinets de conseil plus généralistes. Urbaniste de formation, elle a souhaité créer sa propre structure pour mettre encore plus l’accent sur l’espace de travail, car elle croit au pouvoir transformant des lieux réussis et vivants. Passionnée et experte du sujet, elle nous donne aujourd’hui quelques clés pour bien réussir la mise en place du télétravail dans son équipe.


Le télétravail est une mesure à la mode. Est-il toujours une bonne idée ?

C’est vrai, le télétravail a le vent en poupe. En permettant de réduire le stress lié aux transports, d’avoir accès à une bulle de concentration et de mieux articuler pro et perso ponctuellement dans sa semaine de travail, il plait beaucoup aux salariés.

Pour les entreprises, c’est un moyen d’attirer et de retenir les talents, d’oeuvrer pour le bien-être au travail tout en aidant les salariés à être plus efficaces.

Mais il ne faut pas faire preuve d’angélisme : la situation sur les routes et dans les transports pendant les grèves cette fin d’année nous montre qu’il y a encore du chemin à faire avant que les entreprises l’adoptent comme une organisation du travail à part entière, et qu’elles sachent fonctionner avec le télétravail dans la durée.

À quoi faire attention pour accorder du télétravail à son collaborateur quand on est manager ?

Il y a plusieurs niveaux à prendre en compte et questions à se poser par le manager avant d’accorder le télétravail.

1. Premièrement, le poste concerné est-il vraiment adapté au télétravail ?

Cela implique de regarder le type de ressources manipulées au quotidien dans le poste. Sont-elles toutes digitalisées ? Ont-elles un niveau de confidentialité qui les rend difficiles à manipuler ailleurs que sur le lieu de travail ?

Le poste repose-il de manière importante sur des interactions en face à face, ou sur une présence sur site ? Par ailleurs, cette personne en particulier est-elle prête à télétravailler ?

Si en répondant à ces questions on réalise que le télétravail est compliqué, cela ne veut pas dire que c’est perdu pour toujours. On peut notamment travailler sur la digitalisation des données et des outils, sur les processus de sécurité IT, et former les gens à la communication à distance.

On peut aussi réfléchir à accorder du télétravail de manière sporadique, par exemple 1 journée par mois, car tous les métiers comportent des tâches administratives qui peuvent être faites à distance. C’est ce qu’ont fait certaines organisations volontaristes, comme la Région Île-de-France, qui réfléchissait même à permettre à ses jardiniers de télétravailler de temps en temps.

2. Ensuite, une fois que la « télétravaillabilité » du poste est attestée, le manager doit se poser la question de la pertinence du télétravail pour tel ou tel collaborateur en particulier.

Cette fois, il s’agit de s’interroger sur l’autonomie dans les tâches, sur la capacité à s’organiser, sur l’aisance avec les outils digitaux, sur la faculté à rendre des comptes et à partager l’information. Cette étape est très importante, car un télétravail réussi repose sur une confiance réciproque entre manager et collaborateur. S’il y a une difficulté, le télétravail risque simplement de l’aggraver.

En cas de doute, je préconiserais de faire du télétravail l’occasion de discuter entre manager et collaborateur, et de voir quelles mesures peuvent être prises pour que le télétravail puisse être mis en place pour cette personne à moyen terme.

Une fois la mesure adoptée, quels conseils peux tu donner aux managers pour encadrer leurs équipes à distance ?

Une tentation courante pour un manager dont le collaborateur passe en télétravail sera de renforcer son exigence de reporting, pour compenser son impression de perdre en visibilité sur l’activité du collaborateur.

Certains télétravailleurs affirment avoir le sentiment d’être fliqués en télétravail. Je dirais donc aux managers : profitez du télétravail de vos collaborateurs pour travailler à leur responsabilisation, à leur donner plus d’autonomie, et leur faire savoir que vous êtes disponibles pour eux s’ils en ont besoin, à quel moment et par quels moyens. Il est en effet primordial de maintenir la communication et de résister à l’effet « filtre » qui s’instaure naturellement avec le télétravail (on sollicite moins fréquemment et moins spontanément ses managers et collègues qu’au bureau).

La notion de durée de télétravail est également importante. Les études qui se sont penchées sur le sujet la situent entre 1 et 2 jours par semaine. Au-delà, les télétravailleurs commencent à ressentir de l’isolement, une perte d’information et de collaboration avec leur équipe. Travailler à la maison devient pesant. Je préconiserais de donner accès au télétravail en coworking quand on veut employer des personnes qui seront à distance plus de 2 jours par semaine, pour pouvoir se recréer un environnement professionnel stimulant.

Les participantes à nos ateliers confient souvent que le télétravail peut être la « fausse bonne idée » pour les mères actives (concilier plus de travail avec plus de charge domestique …) As-tu un conseil pour adopter le télétravail sans sacrifier l’objectif d’égalité professionnelle ?

Je pense que le télétravail est vraiment une bonne idée pour les parents actifs, car il leur facilite le quotidien en leur enlevant, sur les jours de télétravail, le stress d’être à l’heure pour la fermeture de la crèche ou de l’école. Cela leur permet aussi de passer un peu plus de temps avec leurs enfants ces jours-là. D’ailleurs, selon l’enquête télétravail Malakoff Médéric de 2018, les télétravailleurs vivant au moins avec un enfant se déclarent davantage très satisfaits du télétravail que les autres (64% vs 58%).

Il est vrai cependant que le télétravail peut renforcer la porosité entre le perso et le pro si on n’y prend pas garde. Lancer une machine entre deux calls, aller récupérer les colis sur la pause déjeuner, travailler en pyjama…autant d’écueils contre lesquels il faut lutter au risque de ne plus avoir de frontière entre travail et vie privée. Je conseillerais de rythmer ses journées avec d’autres choses que des activités de la sphère domestique : aller à un cours de sport après le travail, déjeuner avec un ami. Rappelons aussi que le télétravail repose sur le volontariat et que si certaines personnes estiment que cela ne leur convient pas, elles peuvent y mettre fin à tout moment. Enfin, sauf cas exceptionnel, le télétravail n’est pas compatible avec de la garde d’enfants !

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