Jongler au quotidien : le point de vue de Sandra, les Equilibristes

Sandra est la créatrice du podcast Les Equilibristes. Dans ce podcast, elle part à la rencontre de femmes (et de quelques hommes !) qui jonglent au quotidien entre leur vie familiale et leur vie professionnelle. Des femmes qui font rimer ambition professionnelle et famille. Évidemment, chez My Mommy BOX, ça nous parle !

Sandra nous raconte son parcours, ce que ses invitées lui ont appris et vous partage sa vision de l’équilibre au quotidien. C’était un échange riche, intelligent, et un vrai plaisir de constater que nos visions s’accordaient. On a joué au jeu de l’arroseur arrosé et voilà son interview. Bonne lecture !


D’où vient le nom du podcast ?

J’ai toujours beaucoup aimé la danse. Et la danse, c’est justement la recherche de l’équilibre dans le mouvement. Entre notre vie familiale et notre vie professionnelle, c’est un peu pareil : on doit trouver l’équilibre dans le mouvement permanent, on est sans cesse en train de jongler pour chercher à se réajuster. J’aimais bien l’idée de la recherche d’équilibre plutôt qu’un équilibre fixe. D’où les Equilibristes, qui est aussi un clin d’oeil à l’expression “équilibre vie pro – vie perso” et qui n’est ni féminin, ni masculin !

Comment est née l’idée du podcast les Equilibristes ?

Lors de mon retour de congé maternité pour mon premier enfant, on m’a proposé un poste de manager à responsabilités, que j’ai accepté avec enthousiasme mais qui m’a aussi amenée à me poser des questions. Mon poste m’obligeait à être 25% de mon temps, voire plus, en déplacement loin de la maison. La question “comment puis-je être une « bonne » mère si je ne suis pas présente physiquement ?” s’est vite posée à moi, tout comme l’envie de ne pas renoncer à mes ambitions professionnelles.

Je me sentais très seule face à ces questions, car j’étais la seule femme parmi mes homologues dans l’entreprise. J’étais entourée d’hommes de 50/60 ans, qui n’avaient jamais eu à se poser ces questions. J’ai été assez vite identifiée comme “la petite maman”. Les réflexions comme “mais comment tu vas faire si tu pars trois jours ?” n’étaient posées qu’à moi. Comme si, en plus de mes compétences professionnelles, j’étais aussi jugée comme mère. Et comme si l’existence de mon conjoint comme papa n’était pas une réponse “suffisante”.

Il y a beaucoup de règle implicites dans le monde du travail. Il ne suffit pas de bien faire son travail, il faut aussi être dans le présentiel, savoir saisir les opportunités … Et en tant que mère et travailleuse, il y a toujours un “mais”, c’est comme si la question permanente pour nous était : “ elle est où, ta place ?”

Nous ne sommes pas obligées de faire des choix radicaux : on peut être mère et avoir des ambitions professionnelles.

Tu parles des règles implicites du monde du travail qui ne sont pas favorables aux mamans. Qu’entends-tu par là ?

Lorsque j’étais manager, j’ai dû recevoir une délégation australienne. Cela supposait d’être présente sur des horaires élargies, pour les événements en soirée. Ce jour-là, mon fils avait une gastro carabinée, il n’était vraiment pas bien.Je suis quand même allée au bureau ce jour-là, à contrecœur. Et mes collègues australiens ont été très surpris de me voir là, pour eux ma place était à la maison ce jour-là : « on peut se passer de toi, ton fils en revanche a besoin de toi ». J’ai assuré toutes nos réunions du jour, mais ils m’ont encouragée à rester à la maison le soir pour être avec mon petit. Je trouve que le monde anglo-saxon est plus souple sur ces questions de présentiel.

J’ai écouté il n’y a peu les épisodes dédiés aux “Règles du jeu”, présentées par Clara Moley, dans le podcast Génération XX. Elle y détaille les règles qui permettent selon elle de réussir dans l’entreprise. Je trouve que c’est une très bonne chose de les connaître, mais j’ai envie d’aller plus loin. Ces règles ont été inventées par des hommes, pour des hommes, à une époque où les rôles des femmes et des hommes étaient bien distincts, où chacun avait son territoire. Maintenant que tout cela a changé, il faut révolutionner ces règles pour créer un contexte plus inclusif, dans lequel les femmes se sentiraient légitimes, compétentes et soutenues pour réussir.

Et c’est tout le propos des Equilibristes. Nous ne sommes pas obligées de faire des choix
radicaux : on peut être mère et avoir des ambitions professionnelles.

Sandra Fillaudeau, créatrice du podcast Les Equilibristes

Ton travail reflète bien cet engagement. Quelle est ton ambition pour le podcast et comment choisis-tu tes invité.e.s ?

Mes amies et auditrices me disent qu’elles font écouter les épisodes à leurs conjoints. Souvent la réaction de ces-derniers est : “ah, mais ça se passe vraiment comme ça pour vous ?” Et mon ambition est bien là : donner à voir la réalité avec laquelle les femmes et mères négocient au quotidien.

J’essaye justement de choisir des invitées de tous les milieux et avec des approches différentes (mais seulement des personnes que j’admire !). Je ne suis pas toujours d’accord avec ce que racontent mes invitées mais c’est ce qui m’intéresse : chercher dans ces contradictions des sources de réflexion et faire émerger de l’universalité dans ces vécus différents.

Selon toi, quels sont 3 piliers nécessaires à un bon équilibre vie pro – vie perso au quotidien ?

1er pilier : être au clair avec soi-même sur ce que l’on veut

Et c’est souvent le plus difficile ! Nous sommes tous différents, n’avons pas les mêmes aspirations et il est très important d’apprendre à se connaître pour faire les bons choix en fonction de soi (et savoir ensuite les négocier !)

2ème pilier : s’appuyer sur son entourage

Nous avons été éduquées et socialisées en pensant qu’on ne pouvait compter que sur nous-mêmes. Or nous avons besoin d’être entourées pour faire face aux défis de la vie de famille. On a bien souvent tendance à banaliser la fatigue, l’énergie que demande l’éducation des enfants. Il est important de faire appel aux soutiens autour de nous : notre conjoint d’abord, mais aussi la famille, les amis , les collègues… Nous devons faire preuve de bienveillance avec nous-mêmes et avec les autres.

3ème pilier : renouveler son approche de l’entreprise :
  • incarner les valeurs que l’on promeut, en montrant l’exemple (en évitant de proposer des réunions tardives par exemple) ;
  • se figurer la progression de carrière comme un escalier avec des marches inégales plutôt que comme une flèche droite ;
  • oser demander ce que l’on souhaite et apprendre à négocier.

La plupart des managers fait face à un problème de choix des critères d’évaluation d’un travail bien fait.

Tu pointes le besoin pour l’entreprise de réinventer des nouvelles règles de travail (notamment sur les horaires) pour favoriser l’équilibre vie pro – vie perso.

Les besoins d’un enfant ne sont pas négociables : le temps du soin, de l’éducation, de
l’amour
… Dès lors, c’est à l’entreprise de s’adapter pour permettre à ses salariés de bien vivre cet équilibre pro-perso, dans un temps de journée qui n’est pas extensible. Je crois qu’il faut “mettre du mou” dans l’entreprise, c’est à dire de la flexibilité. Il faut permettre à chaque salarié.e de ne pas se sentir prisonnier de ses horaires, en personnalisant l’offre de travail.

Mais les entreprises ont peur de perdre le contrôle sur l’efficacité des salariés. La plupart des managers fait face à un problème de choix des critères d’évaluation d’un travail bien fait. Il est plus facile alors de juger un temps de présence, mais c’est un choix courtermiste, délétère à plus long terme pour la performance du salarié (passager clandestin, démotivation, perte de créativité dans la routine …).

Je pense également que c’est en mettant des femmes aux postes clés des entreprises que ce changement de mentalité face à l’évaluation du travail pourra avoir lieu. Si les femmes, qui sont encore majoritairement concernées par les questions d’équilibre vie pro – vie perso deviennent majoritaires dans les postes de direction, l’équilibre de vie deviendra un non-sujet. C’est un cercle vertueux.

Tu es passée d’une activité salariée à une activité à ton compte. As-tu perçu une différence dans la gestion de ton équilibre au quotidien ?

Oui, essentiellement dans la gestion du temps. Je n’ai plus de compte à rendre à personne. A l’inverse, je dois désormais avancer dans l’incertitude, j’apprends en ce moment à la dompter. Et j’ai également le bonheur de travailler sur un sujet qui me passionne et pour lequel j’ai l’impression d’être utile !

Des recommandations de livres ?

Le conflit, d’Elisabeth Badinter : tout est dans le titre !

The fifth trimester, de Lauren Smith Brody : comment revenir à soi et au travail après son
congé maternité


Un grand merci Sandra pour ton partage. Nous vous encourageons vivement à écouter les invitées du podcast vous parler de leurs parcours de mères au travail, c’est passionnant et bien souvent éclairant. Vous pouvez retrouver les épisodes de podcasts ici

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