A la rencontre de Clémence Partouche, fondatrice du cabinet de coaching BECOME

Clémence est fondatrice et dirigeante du Cabinet de coaching BECOME depuis 2013.
Elle a créé son cabinet après 10 ans d’expérience professionnelle en Ressources humaines dans des grands groupes.
Elle accompagne aujourd’hui des personnes ne trouvant pas leur juste place, à réussir professionnellement tout en restant authentiques.
Elle apporte au sein de ses coachings une touche d’artistique à travers sa pratique du théâtre, du chant, de l’écriture, de la calligraphie, des collages ou du clown.Elle nous partage aujourd’hui son parcours : ce qu’elle a observé sur la question d’équilibre perso/pro quand on devient parent, mère notamment ; Sa façon d’accompagner les personnes et les entreprises pour co-construire un environnement plus doux et porteur pour se réaliser lorsqu’on devient parent.

De RH comment vous êtes-vous orientée vers le coaching sur l’équilibre professionnel/personnel ? 
Je me suis formée au coaching il y a 9 ans alors que j’étais responsable RH dans le secteur bancaire. J’avais un fort désir d’amener plus de développement personnel dans mon métier de RH et dans l’accompagnement des carrières. J’ai été plusieurs années coach en interne, en parallèle de mon activité, ce qui m’a permis de confirmer mon intérêt et mon envie. Et à la naissance de mon premier enfant, j’ai eu le déclencheur pour me lancer et créer mon cabinet fin 2013.
Je n’avais pas de spécialité à l’esprit à ce moment-là. Ma sensibilité sur la notion d’équilibre pro/perso et sur la parentalité s’est dessinée progressivement. Au moment de me lancer, on m’a mise en contact avec un DRH expérimenté. C’’était un entretien exploratoire mais en répondant à ses questions, la question de l’équilibre perso/pro a émergé et elle a eu un fort écho en moi.
En creusant, je me rends compte que la parentalité est un sujet qui m’intéressait de tous temps, même avant de devenir mère. A titre personnel, je conseillais mon entourage, je regardais l’émission les maternelles avec assiduité. J’ai baigné dans ce domaine grâce à mes parents qui travaillaient tous deux dans le domaine de la santé, autour de la naissance. A titre professionnel également, en tant que RH, j’ai réalisé que c’était une problématique récurrente et importante : temps partiel, risques de surcharge et de surmenage, gestion de la transition, etc. Je constatais déjà des situations que je trouvais injustes et il m’apparaissait déjà qu’il était possible de faire mieux et qu’il était nécessaire de mieux anticiper les choses.
J’ai donc eu envie de me concentrer sur cette question et de proposer aux femmes un accompagnement à ce moment-là de leur vie et de leur carrière.
Quels ont été vos premiers pas dans l’accompagnement des mères actives ?
J’avais commencé en 2015 par des initiatives que je menais en parallèle de mon activité de coaching : un questionnaire en ligne auprès de 300 personnes sur les questions de parentalité et travail, puis des entretiens plus fouillés avec 10 pères, 10 mères et 10 DRH.
Cette étude m’a permis de constater les problématiques rencontrées autour de la naissance dans une carrière et de mettre à jour une situation de souffrance portée par les mères beaucoup, mais aussi globalement dans les couples.
Cette souffrance est liée à une différence entre la réalité , l’idéalisation de la situation et les injonctions contradictoires de la société.
Il y a un décalage pour certains hommes qui se ressentent subitement  « soutien de famille », terme qui semble appartenir à une autre époque.
Pour les femmes, elles découvrent cette fameuse « charge mentale ». Quel que soit le terme choisi elle recouvre la même réalité : la grossesse et le retour de congé maternité peuvent venir bouleverser un équilibre professionnel et personnel et générer beaucoup de frustration, de difficulté à refaire sa place, un besoin parfois déçu de reconnaissance. Et j’ai souhaité accompagner cette période de transition pour qu’elle soit mieux anticipée, organisée, vécue. 
En 2015, j’ai souhaité proposer des ateliers en ligne, des webinar que j’organisais le soir justement pour permettre aux jeunes mères de s’organiser au mieux, espacés de 15 jours pour avoir le temps de digérer et de travailler entre deux séances. Plusieurs thèmes étaient abordés dont la grossesse et le retour de congés maternité en particulier.
Quels étaient les objectifs de ces accompagnements en ligne ?
Les objectifs étaient pluriels pour les mères que j’accompagnais.
Le partage d’abord : pouvoir réaliser qu’elles ne sont pas seules à avoir ce vécu et ce ressenti, leur permettre de se raconter et de ne plus se sentir à la marge.
La prise de conscience ensuite : avoir un espace de réflexion et d’échange qui permette de faire un pas de côté et de voir sa réalité différemment. Prendre conscience de sa réalité, de ses besoins, de ses envies. Il n’y a pas, comme jamais dans mon approche, de vision normative : tout est acceptable. Ce qui est visé c’est de prendre la mesure de la situation telle qu’elle est et de faire les choses en conscience, pour être capable d’entrevoir ce qu’il est possible de faire.)
Et le troisième objectif est d’offrir à ces femmes un espace d expérimentation. Par un parcours de travail seule ou en binôme, elles peuvent ouvrir le champs des possibles et identifier des actions à mener en fonction de leurs besoins et envies, de se mettre en chemin.
Qu’avez-vous constaté ? 
Chaque cas est unique et en même temps, de nombreuses femmes témoignent des mêmes défis et difficultés.
Pendant la grossesse, on constate un surinvestissement du travail des femmes pour montrer leur engagement, alors que ces efforts sont à peine remarqués. Et cela crée de la frustration et du découragement pour l’après.Ce surinvestissement a en effet forcément un impact sur l’énergie, la motivation, le sens donné au travail, les attentes et parfois sur la santé (arrêts précoces, accouchement dès l’arrêt de travail, impact sur la santé). La déception au retour est à la mesure de ces efforts et de ces attentes déçues.
Je crois qu’il est possible de préparer ce retour et de cheminer pour devenir davantage actrices que victimes, tant dans la sphère privée que professionnelle. Car même dans la sphère privée, de nombreuses femmes voient pendant le congé maternité l’équilibre dans le couple changer. Les tâches domestiques sont organisées autrement, même si dans le couple, il y avait avant la naissance plutôt une situation équitable et équilibrée. Et on constate que ce (dés)équilibre nouveau peut perdurer après la reprise du travail. C’est une nouvelle réalité qu’il faut d’abord identifier pour ces femmes. Encore une fois, je ne prône aucune norme. L’important c’est de prendre conscience de la réalité et de voir si cela nous convient et si ce n’est pas le cas, identifier les ressources pour agir. Et ce n’est pas seulement une responsabilité individuelle, mais tout commence par là.
Comment avez-vous fait le virage pour porter ces problématiques dans le monde de l’entreprise ?
J’ai décidé en 2017 de transformer ces webinaires pour les adapter en entreprise et proposer des espaces d’échange et de réflexion sur cette problématique : des ateliers, conférences, rencontres-déjeuner à destination des collaboratrices, pour explorer leur parcours professionnel et leur équilibre privé/pro à cette période de la grossesse et du retour de congé maternité. Plusieurs initiatives de ce genre existent déjà et de nombreuses entreprises dans le cadre de leur politique RSE repensent leur organisation, se dotent de charte de la parentalité et de guide de bonnes pratiques, etc.
Cela ne concerne pas seulement les mères.
Cela concerne déjà toutes les femmes : J’ai organisé en entreprise un atelier, dont le sujet était exprès surprenant : « Comment faire de sa grossesse un atout pour sa carrière ? ». J’ai été étonnée car un grand nombre de femmes présentes n’étaient pas mères ni même enceintes mais étaient intéressées par cette question car elles avaient en tête qu’il y avait là quelque chose à anticiper, des difficultés auxquelles elles devaient se préparer. Elles intègrent ce moment comme un défi dans leur carrière.
Et ce sont par ailleurs des questions qui concernent tout le monde, pas seulement les femmes. Même si la charge demeure encore largement portée par les femmes, les hommes sont eux aussi victimes de discriminations et de préjugés bien sûr et rencontrent également des difficultés à appréhender ces changements au moment de la naissance. La société change et de plus en plus de pères sont très impliqués dans leur nouveau rôle de père, dans la gestion de leur famille, de plus en plus souhaitent réussir leur carrière sans sacrifier leur vie familiale.
Sans aller vers des changements drastiques ou coûteux, comment changer les choses de façon concrète et immédiate ? 
Pour moi, un des premiers points d’entrée est l’action auprès des managers. J’aimerais organiser par ailleurs des ateliers à destination des managers, qu’ils soient parents ou non, afin de mieux gérer cette période pour leurs équipes. (Il manque souvent de la confiance à cette période.) Pour les collaboratrices et collaborateurs, il s’agit de trouver un équilibre qui permette de travailler sans avoir la boule au ventre, de connaitre du stress ou de l’inquiétude permanente, de devoir surveiller la montre sans arrêt, d’appréhender les difficultés à gérer les imprévus comme des enfants malades ou un problème de garde. Au contraire, il faudrait construire un environnement de travail rassurant, qu’on sache que ce sont des choses gérées, prévues, dont on peut parler en confiance. Et je crois qu’il est important de se réunir entre managers pour partager sur les difficultés de gestion, sur les problématiques rencontrées, sur les bonnes pratiques à tester et à promouvoir. Ce qui est important à mon sens c’est de garantir un espace de liberté, de responsabiliser tout le monde et d’instaurer un climat de confiance. Et cela s’organise et se co-crée: faire confiance à ses équipes sur leur bonne gestion du temps et des priorités, des solutions de gestion du temps comme le teletravail ou l’assouplissement des horaires qui permettent de mieux gérer pendant un temps.
Pour finir, pourriez-vous nous partager les trois constats les plus courants ? 
  1. Avoir de la difficulté à refaire sa place au retour de congé maternité. De nombreuses femmes peuvent avoir l’impression de ne pas être capables et de revenir dans un environnement de travail où elles ont l’impression que « quelque chose leur a été pris ». Elles sont en attente d’une reconnaissance professionnelle immédiate et ne sont pas préparées au fait que cela peut prendre du temps.
  2. Se mettre une pression à produire autant qu’avant ou qu’une autre. Elles vont tout faire pour que leur grossesse soit comme un « non événement », comme si c’était une période normale qui nécessite aucun changement, voire au contraire d’en faire plus pour démontrer qu’elles sont aussi pro qu’avant… Pour moi c’est précisément la graine de la frustration du retour. « Ne pas s’écouter » et faire fi de leurs besoins : impact d’une coupure professionnelle, un impact en termes d’énergie, de fatigue, de santé, etc. Le fait qu’une grossesse se passe bien n’est pas qu’une question de mental et de volonté et il est dangereux pour moi de ne pas écouter ses alertes physiologiques.
  3. Subir une somme d’injonctions contradictoires sociétales. Etre de bons parents, une bonne mère, une bonne professionnelle… Cette image de la working mum extrêmement engagée dans son travail et à la maison, extrêmement présente, qui prépare une soupe bio le soir et qui ne loupe pas une kermesse. Même si on s’en moque ou prend du recul, on va parfois chercher tout de même à y répondre. En devenant mère on entre dans une zone où on appartient un peu à  tout le monde et où chacun a un avis sur comment on doit se comporter, comment on doit prendre soin de notre enfant, etc.
Comment réagir ? Quels sont les petits pas à faire quand on est dans cette situation ? 
  1. Regarder objectivement et clairement la répartition des tâches dans le couple et déléguer. Sortir de la surpuissance de la mère car cette charge on va l’emporter partout avec nous. .
  2. Regarder son ambition professionnelle et l’assumer. Se poser la question de « qu’est ce que j’ai envie de faire » et se donner du temps et un cadre adaptés pour y répondre.
  3. Se faire confiance, faire confiance à son ressenti et s’écouter. Que ce soit pour le travail ou pour son enfant, s’écouter pendant la grossesse, se faire confiance et écouter ses besoins, même si cela n’est pas soutenu ou promu dans son entourage, ce fameux « i am enough ».

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