10 choses que tu dois savoir sur les 10 centimètres de dilatation

Nouvel article d’IPP ! Cette fois-ci, Cecilia et Silvia s’attaquent à un autre moment important de l’accouchement : la dilatation du col de l’utérus. Elles proposent une réflexion  sur cette fameuse question des 10 cm et sur les touchers vaginaux qui les accompagnent.

Bonne lecture !

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@kiddicare

Des certitudes, quand on est enceinte – et dans la vie en général –, on en a peu. Mais qu’au moment de l’accouchement on doive se dilater de 10 centimètres fait partie des quelques unes qu’on a.

Pourtant, comme une bonne partie des certitudes que l’on se traîne dues au folklore sociétal qui entoure l’accouchement, c’est une certitude un peu ambiguë, et qui, seule, ne sert à rien (quand elle ne fait pas dégâts). En effet, c’est une de ces certitudes qui au contraire,  font vaciller sournoisement dans la pratique et se révèlent souvent des armes à double tranchant. Ces certitudes font partie de la catégorie « position de délégation »* et sont aussi très amies avec les tigres à dents de sabre* de différents types) (NDLT : les mots en italique suivis d’une * renvoient à d’autres articles parus sur le blog d’IPP).

Comment fait-on pour savoir à combien de centimètres on en est ? Avec un « beau » Toucher Vaginal : deux doigts insérés dans le vagin pour mesurer de combien on est dilatée. Un chiffre que notre cortex* va pouvoir étudier. Bien souvent sous une couche nébuleuse bien épaisse qui recouvre ce qui doit se dilater et surtout, comment cette dilatation intervient réellement.

Nous, on n’aime pas cette nébuleuse folklorique. Aujourd’hui, on vous partage une dizaine de choses importantes à savoir sur ces 10 centimètres et sur les TV (touchers vaginaux) qui vont avec.

1). Qu’est ce qui se dilate ? Le col de l’utérus, c’est-à-dire le trou sous l’utérus, d’où doit sortir ton bébé. Un trou un peu complexe certes, mais un trou tout de même qui doit s’ouvrir.

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Comment il le fait ? Il ne s’ouvre pas grâce à une ouverture de force active, comme par exemple quand on ouvre une fenêtre. Au contraire : il s’ouvre parce qu’on relâche la prise. Le travail pour ouvrir le col n’est pas fait par le col lui-même, mais par les muscles de l’utérus. C’est ce que nous nous appelons des vagues (et d’autres, sans se rendre compte qu’ils utilisent un terme contreproductif, contractions), c’est-à-dire un puissant travail musculaire. Les muscles de l’utérus travaillent et ceux du col (qui pendant la grossesse étaient au travail en le tenant bien fermé pendant que ceux de l’utérus étaient au repos) se relâchent au contraire, de façon à ce que la dilatation puisse intervenir. Ce n’est pas une information minime, hein : pour se dilater, le col a besoin de se relâcher, d’être mou et détendu.

2). Le comptage des centimètres se fait avec les doigts, et pas avec un mètre. Evident, non ? Et pourtant, on pense que n’importe quelle personne qui nous ausculte peut dire avec certitude à combien de centimètres on est ! Au contraire, la précision des mesures entre différents intervenants est inférieure à 50% (Buchman et al, 2007). Et ces centimètres, nous, et souvent aussi ceux qui nous assistent, nous nous y accrochons de façon presque obsessionnelle. Peut-être parce que (un peu comme la date de terme*), ils resplendissent comme une lueur de certitude dans ce moment si incroyable qu’on est en train de vivre ? On nous les annonce et on se les fait annoncer comme si ils étaient les vrais dépositaires de l’évolution de notre accouchement : ils sont rassurants comme des coordonnées sur une carte. Mais d’une ville invisible, hein.

3). crystal-ball-oneUn TV n’est pas une boule de Crystal (cit.) Même si on pouvait mesurer avec précision (et on ne peut pas toujours) la dilatation à laquelle tu te trouves à un moment déterminé, personne ne pourra te dire comment tu y es arrivée, ni, encore moins, comment tu vas évoluer. La progression de la dilatation n’est pas prévisible (ca a été démontré,  étude de 2015).

4). Les TV sont les symptômes d’une culture de l’accouchement qui a substitué à la femme des chiffres et des diagrammes. L’idée que le travail doit nécessairement évoluer d’un centimètre par heure fait partie de ces pratiques qui ont tenté de standardiser des processus complexes et sont restées accrochées à une vision purement mécanique du travail (dans les mentalités de ceux qui assiste l’accouchement et donc dans les mentalités de celles qui le vivent). Ces pratiques, comme par hasard, font partie d’une approche hyper médicalisée de l’accouchement  dans lequel « la femme disparaît, laissant sa place à des diagrammes qui mesurent des parties de son corps » (Dr. Rachel Reed). Evidemment que la dilatation du col fait partie de l’accouchement, manquerait plus que ça. Mais la loupe à travers laquelle on l’observe (bien souvent au détriment d’autres aspects de la femme, y compris ceux moins importants, comme ses émotions, hein) est assez disproportionnée.

5). Les bonnes sages-femmes ont tout un tas d’autres moyens à leur disposition pour savoir à quel point tu en es. La phrase « Si je ne fais pas la mesure, comment je fais pour savoir quand te dire de pousser ? », implique deux choses, assez graves : qu’une femme doit être mesurée, avant d’être observée et écoutée (comme le monitoring des contractions, pour bien se comprendre) et que le savoir réside toujours en dehors d’elle – la femme. (Que le fait qu’il soit nécessaire de dire quand pousser soit un autre gros problème pour toutes les personnes impliquées, on en a déjà parlé*). Est-ce qu’on est en train de dire que personne ne doit vous monitorer ? Evidemment que non. Au contraire. Mais une petite conversation avec n’importe quelle sage-femme experte vous confirmera qu’une partie de son travail est justement de lire les phases du travail à partir du comportement de la femme. Une auscultation de temps en temps peut-être nécessaire, bien sûr, mais les TV de routine, à répétitions,  ne sont surement pas l’unique moyen pour comprendre l’évolution d’un travail. Et ils sont plus souvent le meilleur moyen pour compléter des fiches et respecter des procédures mécaniques de routine.

6). Ce qui se dilate peut aussi se refermer. Ce n’est pas un procédé à sens unique. Ina May Gaskin suggère que le col de l’utérus est un sphincter (une opinion sur laquelle les professionnels débattent). Pour nous, qu’on puisse ou non le définir comme un « sphincter » importe peu. Ce qui nous intéresse, c’est comment un sphincter une fois ouvert et détendu peut aussi se refermer. Et comme par hasard ce qui le fait se refermer, c’est de se sentir mal à l’aise, d’être observé ou interrompu ; la libération d’adrénaline ou tout autre tigres à dents de sabre de différentes sortes* qu’on laisse gambader tranquillement en nous, pendant qu’on cherche à mesurer les centimètres. Paradoxalement, un TV fait d’une façon et à un moment inopportuns peut être la cause d’une diminution de la dilatation. Et on ne parle pas de toutes les autres interférences considérées comme normales. Au hasard, un changement de personnel ou d’environnement est quasi toujours suivi de quelque chose du genre « on m’a dit que j’étais déjà à 7 ». « Non, tu es seulement à 4 ». Quelle coïncidence, hein ?

7). Compter les centimètres active le cortex. Pour évaluer l’information « chiffres en centimètres », on a besoin d’utiliser notre cortex. Cette même partie du cerveau qui est en train de chercher par tous les moyens à se tenir silencieuse pour laisser travailler le système limbique, celui qui a vraiment les commandes et le contrôle sur l’utérus comme sur toutes les fonctions qui nous maintiennent en vie. Une femme est totalement libre de de demander à combien de centimètre elle en est, si elle le souhaite ; mais il est important de savoir que, pour le cerveau qui pilote l’accouchement,  cette information non seulement ne signifie rien mais est aussi facilement contre-productive.

8). Les TV de routine sont issus d’habitudes culturelles et non basés sur des preuves scientifiques. Une étude de 2013 du NICE se conclue ainsi : « nous n’avons pu trouver aucune preuve qui soutienne que l’utilisation des TV de routine pendant le travail améliore les résultats des mamans et des enfants. (…) Il est surprenant que cette pratique soit aussi diffusée sans de bonnes preuves de son efficacité, considérant en particulier que les femmes qui reçoivent cette procédure sont sensibles à son usage et à ses potentielles conséquences inverses dans quelques cas ».

9). Les TV ne sont pas obligatoires et on peut les refuser. Est-ce qu’on est en train de vous dire de toujours refuser n’importe quel TV et de batailler fermement avec toutes les personnes présentes en salle d’accouchement ? Evidemment non. Mais le droit de dire « maintenant ça suffit », vous l’avez. Même les procédures les plus strictes d’hôpitaux à l’ancienne qui prévoient des TV toutes les heures ont l’obligation de les proposer, non de les imposer. On en revient toujours au même point fondamental : dans une grossesse physiologique et un accouchement normal, vous n’êtes pas des patientes, vous êtes des mamans qui mettent au monde leur enfant.

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10). 10 cm ressemble presque à un score. 10 cm est une convention. 10 cm est un chiffre. Un parmi tant d’autres plus grands, plus beaux et plus importants. Tu es un corps, un esprit, un être humain complexe et merveilleux. Une maman. Qui doit se faire assister avec respect  et compétence et faire naître son enfant avec douceur et puissance.

Tu vas rencontrer ton enfant, tu es sure de vouloir entendre parler de centimètres et d’heures ?

DISCLAIMER : ce post ne dit pas que les TV soient toujours inutiles et dommageables pour toutes. Les TV sont évidemment un instrument utile dans certaines circonstances qu’une assistance médicale compétente saura identifier. IPP ne se substitue pas, en aucune façon, à un médecin ou à une sage-femme. Quand nous parlons d’accouchement, nous parlons TOUJOURS d’un accouchement physiologique assisté par un personnel obstétrique compétent.

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