Massage bébé : « Réapprendre à oser se toucher, c’est essentiel »

Partons à la rencontre d’Isabelle, directrice de crèche, qui a découvert le massage en tant que maman et qui l’a mis au cœur de sa famille. Elle a suivi sa passion et s’est reconvertie pour travailler dans le secteur de la petite enfance et de la parentalité. Passion qu’elle continue de nourrir par des formations et un engagement bénévole pour accompagner les parents à construire leur famille en toute confiance. 

P1020763« Je trouve ça essentiel de revenir au corps, à l’intuition, aux sensations. Je vois beaucoup de jeunes parents devenir des « experts en soins », « gainés » dans des postures de parents parfaits et qui peuvent se sentir encombrés avec leurs bébés dans les bras. Réapprendre à oser se toucher, c’est essentiel. Pour moi, accompagner des parents c’est leur permettre de révéler leur identité de parents en douceur et en confiance. Tout cela est intuitif et très beau, il suffit d’être en confiance. »

Comment avez-vous découvert le massage bébé ? 

Ma découverte du pouvoir du massage a été d’abord en tant que maman. La naissance de mon aîné n’a pas été facile. Il est né d’une FIV à l’issue d’un processus long, éprouvant, très médicalisé, et je me suis sentie un peu perdue à sa naissance. Avec le recul, je peux dire que mon désir d’enfant s’est déformé en désir de grossesse. L’attente, les examens, la médicalisation, l’incertitude ont transformé la grossesse en véritable challenge et ont occulté « l’après ». Une fois la grossesse terminée et que la médecine vous abandonne, je réalise que je suis face à ce petit être que je n’ai pas eu le temps de fantasmer. Je n’avais pas pu me préparer, me projeter dans une vie de famille et j’étais démunie. J’ai appris à ce moment là que le centre social voisin s’ouvrait au massage bébé. Cela m’a beaucoup aidée à construire la relation avec mon bébé. C’était évident pour moi que j’allais utiliser cette même ressource pour ma deuxième 17 mois après et mon troisième 10 ans après. Le massage a pris pleinement sa place dans ma vie, et au sein de ma famille, au fil des années et pas seulement pour les bébés, avec mes enfants, mes neveux, mes nièces qui demandaient à être massés.

Comment êtes-vous passée à une pratique professionnelle ? 

Ma maternité a révélé mon désir d’oeuvrer dans la petite enfance et sur la parentalité. Je me suis reconvertie d’abord en tant qu’éducatrice de jeunes enfants. C’était évident pour moi. Et quand j’ai travaillé en crèche, j’ai souhaité me former en massage et intégrer la pratique au cœur de notre accompagnement et soin des bébés et de leurs parents. Il y a d’abord eu un peu de surprise dans l’équipe, mais cela s’est développé progressivement. Aujourd’hui, il me semble que 75% de l’équipe est formée au massage bébé et ça dure depuis 12 ans !

Y a-t-il une différence entre votre posture de mère et de professionnelle quand vous massez un bébé ? 

On nous pose souvent cette question. Et oui, c’est vraiment différent. Oui, on s’occupe des bébés en leur procurant tous les soins dont ils ont besoin, on les accompagne eux comme leurs parents. Mais cela demeure, pour le massage comme pour chaque autre soin ou pratique, une posture professionnelle. Ce ne sont pas nos enfants. Je ne masse pas mes enfants de la même façon.

De même, je forme des professionnels comme des parents au massage bébé, pourtant je ne le fais pas de la même façon. Pour les professionnels, je suis très exigeante avec la technique, il est nécessaire de maîtriser les bons gestes et d’avoir la bonne posture. Pour les parents, c’est le lien qui prime. Je les laisse faire comme ils veulent, pour trouver leurs gestes à eux et « être touchés ». Mon rôle est seulement de les mettre en confiance et de les accompagner.

Comment réagissent les parents ? 

Au début, lorsqu’on a introduit le massage à la crèche, les parents étaient également surpris. Mais pas réfractaires. On a organisé des ateliers, on a ouvert le dialogue, on les a impliqués et beaucoup discuté. Aujourd’hui, c’est au cœur de la vie de leurs bébés. Par exemple, ils peuvent nous demander le matin de masser leur enfant s’ils sentent qu’il en a besoin. C’est une façon différente d’être attentifs, d’échanger des nouvelles. Si on a massé leur enfant dans la journée, ils sont attentifs aux effets le soir et la nuit.

Le massage est introduit dès les premiers échanges avec les parents que je rencontre au premier rendez-vous. C’est un outil central pour nous pour favoriser l’adaptation des petits. Il permet de rassurer les premiers pas loin de la famille, de libérer les tensions dans le groupe.

Si le bébé n’est pas bien, pleure, a du mal à s’acclimater, cela peut créer des tensions dans le groupe avec les autres bébés. Il est alors important de lui accorder un moment privilégié, à l’écart, pour le calmer et le détendre, et le massage est une grande ressource. Dans la majorité des cas, il finit par s’endormir, ça l’apaise, lui permet de se ressourcer, de se sentir en confiance. Cela permet en crèche de consolider tous les liens et accroître la confiance de tous.

De quelle manière l’avez vous constaté avec les petits ? 

Avec les bébés, il en va de même, cela évolue dans le temps. Au début, ils peuvent pleurer. C’est normal et il ne faut pas s’arrêter là. C’est nouveau pour eux. Je le compare aux premières fois qu’on se fait masser adultes. Lors du premier massage, il est normal qu’on ne se détente pas pleinement, qu’on reste en vigilance et dans le mental, à être attentifs aux gestes, aux sensations nouvelles, etc. On ne lâche pas prise la première fois. Il en est de même pour les bébés. On peut ne pas forcément masser globalement dès la première fois. Si besoin, on avance petit à petit. On apprend au bébé à se laisser aller et se détendre. On le rassure par les gestes à lâcher les tensions. L’environnement compte beaucoup aussi, les matières, les odeurs, le lieu, etc. Les bébés sont d’autant plus rassurés dans un environnement stable et des repères réconfortants.

Quels effets voyez-vous sur les bébés ? 

Les vertus du massage sont multiples pour bébé mais aussi pour les parents. Je peux en lister quelques unes :

  • détente, mieux être
  • moyen de communication non verbale
  • moyen d’acquérir son schéma corporel plus rapidement, de se construire et se sentir dans sa globalité
  • moyen de lutter contre les microbes et les maladies et d’être plus fort.
  • un bébé rassuré et confiant va plus facilement vers l’autre et sera moins dépendant. Cela renforce ainsi le lien avec les parents et facilite le lien avec les autres adultes référents.
Comment sensibiliser des parents curieux mais réticents ou craintifs ? 

Plus j’avance et plus j’ai la conviction que tout cela est intuitif. Nous avons tous ces gestes en nous. Il peut être parfois nécessaire de se faire aider pour se mettre en confiance. Les parents ont juste besoin d’être rassurés pour se faire confiance et apprendre à s’écouter. Un geste bienveillant suffit. Il ne peut pas heurter. Les bébés savent très bien dire s’ils aiment ou pas, s’ils sont confortables ou pas. C’est l’essence même de ces gestes : apprendre à communiquer avec son bébé. Les peurs des parents s’évanouissent tranquillement. La peur de regard des autres, la peur de mal faire ou de faire mal, la peur de l’inconfort pour soi, de la nouveauté, etc.. Tout s’évanouit quand ils se sentent en relation avec leur enfant. Et c’est ainsi que je vois mon rôle. C’est d’ailleurs pour cela que je n’aime pas le terme de « formatrice ». Il n’y a aucune relation verticale avec les parents. Je les accompagne. 

 

Pour retrouver Isabelle et entrer en contact avec elle, rendez-vous sur son site ou sa page facebook 

 

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