A la rencontre de … Marie !

A la rencontre de Marie, pétillante maman de 28 ans de Raphael, 2 ans, fondatrice de Nejide ligne de vêtements à composer. Elle partage avec nous les questionnements qu’elle a eus et les ressources qu’elle a trouvées à l’arrivée de son fils. Son regard sur la maternité et ce que ça signifie pour elle être une bonne mère et une femme libre. Son rapport à la créativité et à l’entrepreneuriat au moment de la grossesse.  

Si tu devais choisir trois mots pour décrire ta grossesse, quels seraient-ils ? 
Ambivalence, inconfort, transcendance
Comment tu t’informais à l’époque ? Quelles étaient tes ressources pour répondre à tes questions et envies ?
Je m’informais via Internet beaucoup, je regardais les replays des Maternelles (l’émission de France 5 mais qui a changé depuis), des vidéos d’accouchements,  j’ai lu beaucoup de livres sur l’accouchement orgasmique, car apparemment certaines femmes peuvent avoir un orgasme lors de leur accouchement, et j’étais curieuse de connaitre leur témoignage, juste pour aborder ce moment avec un autre angle que celui de la douleur. J’ai lu un autre livre sur l’allaitement, et beaucoup de livres sur l’expérience de la maternité comme « Mère agitée », « Un heureux évènement ». Je voulais à la fois avoir les détails techniques de la grossesse et aussi me nourrir des expériences des autres femmes. 
Après avoir écouté, regardé, et lu tous ces témoignages, j’ai acquis la certitude que chaque histoire était unique, et que globalement tout pouvait m’arriver : ne pas aimer mon bébé tout de suite après sa naissance ou avoir un vrai coup de foudre, avoir un orgasme lors de l’accouchement ou avoir mal à en vouloir mourir, réussir à allaiter et aimer ça, ne pas réussir à allaiter ou détester ça etc. 
J’ai aussi beaucoup discuté avec ma maman qui est sage-femme, et j’ai puisé aussi beaucoup de réponses auprès de la sage-femme qui m’a fait ma préparation à l’accouchement. Enfin, je voyais un psy à l’époque pour plein de raisons, et notamment pour réussir à aborder ce nouveau rôle de mère qui arrivait un peu vite pour moi, et il m’a beaucoup aidée aussi.
Pendant la grossesse et les premiers mois après l’accouchement : qu’est-ce qui t’a le plus aidée ? 
Ma maman et son expérience de mère m’ont énormément soulagée après l’accouchement et durant les mois qui ont suivi. Elle a apaisé tout mes doutes, les a accueillis avec bienveillance, le jour où je l’ai appelée en lui disant en pleurant : « Maman, je crois que je suis une mauvaise mère », elle a éclaté de rire en me disant que toute mère se le disait à un moment, c’était exactement la réaction dont j’avais besoin. La sage-femme qui m’avait préparée aussi m’a beaucoup aidée. Mon psy aussi. En fait les mêmes personnes que durant ma grossesse. Mon écharpe de portage m’a aidé à calmer les pleurs de mon bébé. L’allaitement m’a aussi énormément aidée, à tous les niveaux, physiquement il m’a aidé à retrouver mon corps, m’apportait un réel bien-être physique, et psychologiquement, il m’a aidé à me sentir à la hauteur, et à appréhender ce nouveau rôle.
Le plus manqué ? 
Ce qui m’a le plus manqué fut le repos après l’accouchement et le fait de me considérer comme une « jeune accouchée ». J’ai traité la période post-partum comme un non-sujet pour moi. J’avais accouché, rempli ma part du contrat en ayant porté et mis au monde un bébé en bonne santé, et je considérais que le bébé sorti, j’étais de nouveau une femme comme les autres, et je n’ai jamais envisagé que j’avais besoin de repos, et d’être préservée (des visites, des mots qui blessent de l’entourage et des inconnus, de la famille envahissante…). Je considérais que j’étais revenue « à la normale » . Du coup le papa ne m’a pas traitée avec plus de « précautions » que d’habitude, et cela a occasionné beaucoup de disputes entre nous, car en fait, j’étais clairement « à vif » par rapport à tout ce que je vivais. J’aurais dû prendre plus soin de moi, et me retirer dans ma bulle pendant un temps. Je crois que j’étais terrifiée à l’idée de n’être plus qu’une mère, et de ne jamais me retrouver, alors j’ai précipité les choses et occulté un temps de pause nécessaire pour tout le monde. 
Etais-tu manuelle, créative avant la grossesse?  
J’ai toujours été manuelle et créative, et ce même avant la grossesse. Enfant, je fabriquais des bijoux en perles, en pâtes Fimo, j’aimais coudre et tricoter. J’ai continué à être comme ça et à continuer à faire de temps en temps des activités manuelles qui me détendent et permettent je pense d’exprimer une sensibilité. Lorsque ma belle-soeur était enceinte, j’ai tricoté une couverture pour sa fille. J’ai adoré le faire, cela m’a permis en quelque sorte d’attendre cette enfant, qui était la première enfant à naître dans la famille. Pour mon autre nièce j’ai décoré une petite boite à musique avec des collages en papier, et je lui ai confectionné des couvertures pour ses poupées. 
Pendant ta grossesse, as-tu vécu ta créativité différemment ?
 
Je n’ai pas eu d’envie particulière pendant ma grossesse, car la plus grosse idée que j’avais eue avant, avait été de créer mon entreprise et je travaillais dessus déjà avant de tomber enceinte. Mais il est vrai que toute la partie de création des vêtements que je commercialise a eu lieu durant ma grossesse, il a fallu travailler sur les dessins des vêtements, trouver les tissus, les possibilités de personnalisation et je pense que cette période m’a donné une grande force pour suivre mes idées. Je le constate, aujourd’hui, je suis beaucoup plus frileuse.
Lors de ma grossesse, je me sentais capable de tout, de conquérir le monde. Hormis le fait de devenir mère, rien ne me faisait peur. J’étais sûre de pouvoir créer une entreprise viable, je me présentais face aux banquiers avec mon gros ventre extrêmement sûre de moi et de mon projet. Et j’étais aussi confiante quant à ma capacité à faire preuve de créativité face aux difficultés que je pourrais rencontrer, pour mon entreprise ou pour ma parentalité nouvelle. Je crois que c’est le plus gros enseignement que j’ai gardé de ma grossesse : je ne sais pas encore quelles montagnes il faudra franchir, quelles difficultés il faudra surmonter, mais je sais que j’aurais la ressource, la créativité et l’ouverture d’esprit nécessaires pour trouver des solutions, même les plus inattendues.
As-tu eu un rapport différent à ton entreprise?   
Ma grossesse m’a donné encore plus envie de continuer à monter mon entreprise, et m’a donné encore plus envie d’y arriver. J’ai puisé tellement de force dans le fait d’attendre un enfant, je n’imaginais pas avoir cela en moi. La grossesse fut pour moi une source inépuisable d’énergie et de confiance en la vie. La vie était (est) belle et elle m’offrait ce qu’il y a de plus beau : un enfant et la liberté de devenir qui je voulais. 
Est-ce que tu as trouvé difficile de t’affranchir des règles culturelles, sociales, familiales ? Lesquelles en particulier ? 
C’est une question assez importante pour moi, car j’ai eu un enfant plus tôt que ce que je prévoyais, et plus tôt que mes amies, qui ont toutes un haut niveau d’études et qui prévoient d’avoir un enfant plus vers 35 ans que maintenant. J’ai de l’endométriose, et j’ai eu la chance d’être diagnostiquée tôt, mon médecin a donc pu m’avertir des risques d’infertilité qu’une telle maladie comporte, et a pu me conseiller d’avoir un enfant tôt. J’avais 25 ans quand nous avons décidé avec mon amoureux d’avoir un enfant, 25 ans, pas de boulot donc pas de revenus, un projet d’entreprise…
Les conditions n’étaient pas idéales, et je me suis longtemps sentie comme une adolescente tombée enceinte par hasard et qui décide de garder l’enfant. Une amie m’avait d’ailleurs avoué qu’elle s’était fait la réflexion que « c’était n’importe quoi ». Je sens ce décalage au sein de mon entourage (qui ne représente qu’une partie de la société), où les jeunes filles ayant fait des études ne pensent pas encore à fonder une famille, et se concentrent sur leur travail et sur leur vie personnelle. J’ai mis du temps à accepter que cette règle tacite de mon milieu social « bac+5 = enfant à plus de 30 ans » ne s’appliquerait pas pour moi. Et je sens encore comme une réticence à accepter mon rôle de mère auprès de mes amies et parfois c’est difficile tant ma vie a changé depuis la naissance de mon fils. 
Comment as-tu trouvé les ressources pour y réfléchir et définir ta propre voie ?  
Contre toute attente, ce sont justement les règles culturelles des générations précédentes (parents et grands-parents) qui m’ont donné de la force pour surmonter ce sentiment d’illégitimité : pour eux avoir un enfant à 26 ans, c’était normal pour une femme, qu’elle ait fait des études ou non. C’était même mieux comme ça.
 
Je ressens encore très fort une autre « règle » ou plutôt j’ai l’impression d’être hantée depuis la naissance de mon fils par le fantôme de « La Bonne Mère » : celle qu’on voit dans les publicités, qui change la couche de son enfant avec extase, qui le berce tendrement même à 2h du matin, qui remplit sa machine à laver avec le sourire car elle remplit son devoir de maman à la perfection. Celle qui va le chercher à la sortie de l’école sans regret d’avoir dû quitter son travail trop tôt. Celle qui pleure de laisser son enfant à la crèche car elle doit aller au boulot. Celle à qui la simple existence de son enfant suffit et qui a comme cessé d’exister à part entière dès l’instant où son bébé a poussé son premier cri. J’ai rencontré des femmes comme ça, qui semblent ne respirer qu’au travers de leur progéniture, des femmes pour lesquelles la maternité est leur consécration, la quintessence du bonheur. Je ne suis pas comme ça. J’aime mon fils plus que tout mais il ne sera jamais assez, et j’aurais toujours besoin d’exister en tant que femme, en tant que personne indépendante. 
Le plus étrange est que j’ai l’impression que cette ombre de la « bonne mère » nous hante toutes un peu, surtout lorsque nous sommes en présence d’autres mères. J’ai un jour décidé que culpabiliser de ne pas être cette « Bonne Mère » n’aiderait pas mon fils à grandir, et que j’allais suivre la phrase de Winnicott : je serai une mère suffisamment bonne et suffisamment mauvaise. Je fais confiance à mon fils pour prendre le meilleur de moi, et s’appuyer sur mes défauts pour se construire.  
Quelle est l’étape de préparation de l’arrivée de bébé que tu as préférée ? 
L’haptonomie, car cela permet vraiment un premier contact avec le bébé à travers le ventre, le papa est complètement intégré à ce moment. Nous attendions notre enfant ensemble, et nous communiquions avec lui. C’est moi qui ai poussé le papa à faire cette préparation à la naissance avec moi et je me suis dit que c’était ma première bonne décision de mère.  
Si tu pouvais créer ou contribuer à quelque chose en rapport avec la maternité, qu’est-ce que ce serait ?
Une hotline qu’on peut appeler quand on se sent comme la dernière des merdes face son bébé qui pleure. Une hotline où l’on pourrait juste pleurer au bout du fil et avoir une oreille bienveillante, même à 2h du matin.  
Si tu devais choisir une vertu, qualité que tu aimerais offrir à ton enfant pour l’aider à vivre une vie heureuse, quelle serait-elle ?
La patience. J’en manque.
Si tu étais à nouveau enceinte aujourd’hui, que ferais-tu différemment ?
Je m’écouterais beaucoup plus et me reposerais. Je me fermerais beaucoup plus au monde extérieur et à ses réflexions de merde, et je me concentrerai sur les personnes bienveillantes qui m’entourent. Je me ferai confiance pour prendre soin de mon bébé. 

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